Le déclin du vanneau huppé en Europe

Cette étude a montré que les mesures de protection actuelles ne suffisent pas à stopper le déclin du vanneau huppé. La productivité de la population reste insuffisante due à une trop forte mortalité des poussins

En comparant la dynamique de deux sous-populations, suivies à des échelles spatiales et temporelles différentes, j’ai montré que le très faible succès reproducteur était la cause principale du déclin du vanneau huppé en Europe. J’ai démontré qu’une productivité moyenne de 0,8 oisillons par paire serait nécessaire pour stabiliser les populations. J’ai souligné que la protection actuelle des nids contre les activités agricoles ne suffirait pas à stabiliser la population européenne. Les plans de conservation doivent restaurer un habitat hétérogène alliant milieux humides et ouverts où les oisillons peuvent se nourrir et milieux protégés où ils ont la possibilité d’échapper aux prédateurs.

Contexte

Le vanneau huppé vanellus vanellus est un exemple majeur du déclin récent des limicoles dans les campagnes européennes. Cet oiseau, encore observé communément dans les années 80, a obtenu le statut quasi menacé depuis 2015. Ce migrateur passe ses hivers dans le sud et l’ouest de l’Europe et l’Afrique du Nord où il est chassé. Pourtant une étude a montré que la chasse ne semblait pas être à l’origine de son déclin. Dans certaines populations nicheuses, des mesures de protection coûteuses visant à protéger les nids ont donc été mises en place. Une analyse robuste permettant de déterminer si ces mesures de protection étaient suffisantes pour stopper le déclin du vanneau huppé était donc nécessaire. Des experts néerlandais, allemands et suisse travaillant sur les limicoles ont donc fait appel à moi pour réaliser cette étude.

Problématique

Quelles sont les causes du déclin du vanneau huppé en Europe? Les mesures de protection actuelles sont-elles suffisantes et efficaces? Quelles mesures seraient à privilégier?

Approche et Résultats

Les données de suivi des populations de vanneaux aux Pays-Bas (NL) et dans la région de Schleswig-Holstein (SH) en Allemagne m’a permis de construire un modèle de population intégré sur chacune des deux populations. Chacun de ces suivis combinait des données de survie, de reproduction et de comptage: suivi de nids, comptage de couple reproducteurs, suivi d’oiseaux bagués…. Malgré l’hétérogénéité spatiale et temporelle des données, les résultats des deux modèles de population intégrés ont montré que les taux démographiques moyens (survie, productivité) étaient très similaires dans les deux populations.

J’ai ensuite réalisé des analyses rétrospectives pour comprendre quels processus démographiques étaient responsables du déclin. Ces analyses ont montré que les variations de productivité avaient eu l’impact le plus important sur la dynamique de chacune de ces deux sous-populations. Cela confirmait également que la chasse avait peu influencé la dynamique de ces populations. La faible productivité (0,55 et 0,46 oisillons par paire en SH et NL, respectivement) était la principale raison du déclin des populations de vanneaux. En réalisant une étude de viabilité des populations, j’ai démontré qu’une productivité de 0,76 (SH) et de 0,91 (NL) oisillons par paire serait nécessaire pour stabiliser les populations.

J’ai également comparer des scénarios de conservation incluant ou non les mesures de protection existantes pour évaluer leur efficacité. La protection des nids avait un effet positif sur le succès de nidification mais pas sur la survie des poussins. Par conséquent l’impact des mesures de protection à l’échelle de la dynamique de la population était presque inexistant. Par exemple, j’ai souligné que même si l’ensemble des nids des vanneaux aux Pays-bas était protégé, le taux d’ accroissement de la population n’augmenterait que de 2%.

En modélisant la variabilité environnementale et les variations observées (et donc atteignables) de la productivité annuelle, j’ai démontré qu’une bonne productivité (0,8 oisillons a l’envol) qui aujourd’hui représentait 5% des années en Europe devait être atteinte dans 75% des années pour permettre à la population de se stabiliser à long terme.

Responsables de Projet et Collaborateurs
  • Michael Schaub & Marc Kéry: Swiss Ornithological Institute, Sempach, Switzerland
  • D. V. Cimiotti, A. Helmecke, H. Jeromin, H. A. Bruns, H. Hötker: Michael-Otto Institut im NABU, Bergenhusen, Germany
  • M. Roodbergen, H. Schekkerman, W. Teunissen: SOVON Vogelonderzoek Nederland, Nijmegen, The Netherlands
  • H. van der Jeugd: Netherlands Institute of Ecology – Dutch Centre for Avian Migration and Demography, Wageningen, The Netherlands
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