Les causes du déclin de la huppe fasciée après une recolonisation spectaculaire

Un modèle intégré de population m’a permis de montrer que malgré une forte immigration dans les premières années, le succès de reproduction était en baisse constante depuis le début de la recolonisation.

Comprendre les raisons sous-jacentes du déclin d’une population reste délicat car la durée des études sur le terrain est souvent très courte et la taille de la population souvent déjà faible. Pourtant il faut démêler la responsabilité potentielle de multiples facteurs environnementaux qui peuvent interagir et influencer la dynamique de la population. En utilisant les variations temporelles et spatiales de la dynamique de cette population, j’ai montré que le déclin de la population de huppe s’expliquait principalement par une diminution de la survie au cours de la première année de vie et de nombre réduit d’oisillons produits. J’ai également étudié les contributions relatives des variations climatiques, de la dégradation des différents habitats et de l’activité de recherche sur le déclin de cette population de huppe fasciée.

Contexte

La population de huppe fasciée suivie par l’Institut Ornithologique Suisse niche dans la vallée de Sion en Suisse romande. La disparition des cavités naturelles suite à l’intensification de l’agriculture dans la région a entraîné la quasi disparition de la population dans les années 1990. En 1999, une campagne de déploiement de nichoirs a permis de restaurer la population qui atteignait de nouveau des effectifs viables avec presque 120 nichées en 2005. Malheureusement, depuis cette année-là, la population est de nouveau en constante diminution. Dans le projet dirigé par l’institut Ornithologique Suisse et l’université de Berne, je me suis donc attelée à étudier les raisons de ce déclin en m’appuyant sur les 16 années de suivi de la population de 2002 à 2017.

Problématique

Une faible quantité de données doit être exploitée pour démêler les rôles relatifs de multiples facteurs potentiels qui interagissent à différentes échelles. Alors, comment réussir à comprendre les causes du déclin actuel de la huppe fasciée en Valais Suisse?

Approche et Résultats

Pour comprendre pourquoi la population de huppes fasciées Upupa epops a décliné, j’ai donc suivi une analyse en trois étapes. J’ai construit un IPM structuré en fonction de la qualité de l’habitat. Une analyse rétrospective de ce modèle m’a permis d’estimer les contributions relatives de chaque taux démographique (survie des adulte, immigration, probabilité de ponte, survie des oisillons) au déclin de la population et cela en fonction des habitats.

Puis, en introduisant des analyses de tendances dans ce modèle, j’ai identifié quel taux démographique avait diminué et examiné si la qualité de l’habitat avait influencé ces diminutions. Ces deux premières étapes m’ont permis de montré que le déclin de la population de huppe s’expliquait principalement par une diminution de la survie au cours de la première année de vie et de nombre réduit d’oisillons produits, en particulier dans les habitats de haute qualité. Étant donné qu’une majorité de couples se reproduisaient dans des habitats de haute qualité, j’ai montré que la diminution du nombre d’oisillons produits dans les habitats de haute qualité était le principal moteur du déclin de la population, malgré une baisse homogène du succès de reproduction dans tous les habitats.

Enfin, j’ai étudié l’influence de la variation des conditions météorologiques et des activités de recherche sur la la diminution des différents taux démographiques. 15% de la diminution de la taille de la population était lié aux variations de température et de précipitation qui deviennent imprévisibles pour la huppe. 3% de cette diminution a été imputé aux activités de recherche et notamment à la réduction du temps entre la date de capture des femelles nichant et leur date de ponte. La capture précoce des femelles influençait négativement leur succès reproducteur. Un recul de la date de capture des femelles à partir 2016 a permis de retrouver un taux de succès des nichées comparable à celui des années 2003.

Responsables de Projet et Collaborateurs
  • Michael Schaub & Marc Kéry: Swiss Ornithological Institute, Sempach, Switzerland
  • Raphaël Arlettaz & Alain Jacot: Division of Conservation Biology, Institute of Ecology and Evolution, University of Bern, Switzerland
Liens vers des articles associés à l’étude